Après deux ans de promotion de la gouvernance concertée, avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Haut Commissariat à la Gouvernance concertée (HCGC) s’est doté d’un document de stratégie visant à aider le Bénin dans la résolution des problèmes de fonctionnement qui se posent aux processus décisionnels aux niveaux national et local. Selon le document, ces problèmes s’expliquent par la faible implication des populations et des acteurs de la vie publique que sont les médias, les Organisations de la société civile (OSC), les femmes, les hommes politiques, les opérateurs économiques, les élus locaux, les cadres de l’administration publique, les sages et dignitaires des cultes religieux...
Les orientations stratégiques, au nombre de cinq, mettent l’accent sur l’écoute active et le dialogue en vue de la prévention des conflits, du maintien de la paix et de la cohésion sociale. Ce sont : le renforcement des potentialités humaines et opérationnelles du HCGC, l’institutionnalisation du HCGC, le renforcement de la capacité managériale du HCGC, la promotion de la culture de la gouvernance concertée et le renforcement des capacités des acteurs clés de la gouvernance concertée.
De façon concrète, il s’agira, pour le HCGC, de mettre en place des mécanismes visant à la mobilisation des populations autour des idéaux de bonne gouvernance et de gouvernance concertée. Il s’attèlera aussi à promouvoir une éducation de tolérance et de concertation, puis la communication sociale, en utilisant des canaux tels que les arts de la scène (théâtre et musique), les cris publics, les affiches, les dépliants, la radio, la télévision, la presse et le cinéma.
Pour atteindre ces objectifs stratégiques, le HCGC veillera au renforcement de ses propres capacités et de celles des acteurs clés de la gouvernance concertée pour favoriser leur mise en relation. A ce titre, les instituions de l’Etat, les services centraux, déconcentrés et décentralisés, la société civile et les communautés à la base bénéficieront de formations en vue d’une participation active aux processus de prise de décision.
Le document de stratégie, dont le projet a été élaboré par le Dr. Albert TINGBE-AZALOU, socio-anthropologue, enseignant et chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), permettra au HCGC de mieux articuler ses actions et d’accroître ses performances au profit de la consolidation des pratiques de bonne gouvernance politique, économique et sociale au Bénin, au cours des quatre prochaines années. Il a été validé en avril 2010, lors d’un atelier qui a réuni, à Grand-Popo (environ 80 km de Cotonou), une centaine de personnes ressources, à savoir : experts, chercheurs, représentants des Institutions de la République, des centrales syndicales, de la société civile, des communes, des cultes et garants de la culture endogène, membres du Comité de pilotage du HCGC, des partenaires techniques et financiers dont le PNUD. Ce dernier y a apporté un appui technique et financier à travers le Projet de mise en place d’un mécanisme de gouvernance concertée au Bénin.
Au cours de cet atelier de validation, Olivier Malan, Economiste principal du PNUD, intervenant au nom de Mme Nardos Békélé-Thomas, Coordonnateur Résident des Activités Opérationnelles du Système des Nations Unies au Bénin et Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a indiqué que « la gouvernance concertée vise à contribuer à renforcer et approfondir la démocratie au Bénin, en faisant participer régulièrement les citoyens aux décisions affectant leurs vies ».
Pour sa part, le Haut Commissaire, Moïse Mensah, a affirmé que le Bénin a les ressources pour mettre en Å“uvre la gouvernance concertée, un outil qui sert à améliorer l’écoute et la qualité du dialogue dans un régime démocratique. Selon M. Mensah, « la gouvernance concertée trouve de solides racines dans les cultures du Bénin et impose à tous les acteurs des attitudes visant à transcender les barrières pour construire un système qui réponde mieux à nos préoccupations que les principes et paradigmes de gouvernance et de développement inspirés des civilisations étrangères ».
Créé par le décret présidentiel N°2007-624 du 31 décembre 2007, le Haut Commissariat à la Gouvernance Concertée (HCGC), a pour missions de contribuer à la bonne gouvernance dans tous les domaines : politique, économique, social, administratif et culturel. Il doit également rechercher, par la concertation, le dialogue et les échanges entre les forces vives de la nation et les acteurs de la vie publique les voies et moyens de parvenir à une meilleure appropriation, par les populations, des principes d’une bonne gouvernance, ainsi que ceux des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Par Léon KATARY
Allons droit au but : un travail de clarification, que le socio-anthropologue Albert Tingbé-Azalou nous a rendu en avril dernier, nous conforte dans notre appréhension de la gouvernance concertée. Celle-ci met l’accent sur la multiplicité et la diversité des acteurs qui interviennent ou peuvent intervenir dans la gestion des affaires publiques. Contrairement au modèle traditionnel de gouvernance, elle ne confie pas la responsabilité de la gestion des affaires publiques aux seules autorités politiques. Elle privilégie plutôt l’interaction entre les différentes parties prenantes. En définitive, la gouvernance concertée procède de « la gestion du bien commun par la gouvernance collective, solidaire et responsable », comme l’indique le sociologue Dieudonné Eclou dans un article que vous lirez dans le présent numéro de votre magazine.
Forts de cette clarification, nous croyons que nous sommes sur la bonne piste. La gouvernance concertée repose sur le consensus et la concertation : le consensus est un accord-partie que l’on obtient suite à une concertation fondée sur l’écoute, le dialogue et la négociation.
Il nous a paru impérieux de comprendre à fond la notion de gouvernance concertée, qui est loin d’être une nébuleuse, pour pouvoir réaliser notre ardent désir de contribuer au renforcement des solidarités dans notre pays. Cet ardent désir se fait chaque jour plus légitime, du fait de la fragilité de l’unité nationale, de l’apparition de germes de clivages ethniques, de la cacophonie au sein de la classe politique et de la persistance de certaines tares dans la gestion des affaires publiques.
Il y a dans notre pays un réel besoin de démocratie, de démocratie concertée c’est-à -dire une démocratie dont l’enracinement dépendra non seulement du règne de la majorité, mais aussi de la constance et de l’énergie que nous apporterons à la réalisation de consensus. Nous tendons progressivement vers la démocratie consensuelle dont nous ne pouvons encore circoncire toutes les difficultés. Mais nous sommes certains de l’existence de cet ardent désir de consensus et du devoir de concertation qui en découle.
Au HCGC, nous ne ménageons pas nos efforts dans la construction de cet édifice. A ce sujet, l’étude de M. Tingbé-Azalou nous a beaucoup éclairés et nous permet d’opérer d’utiles ajustements et d’aller très vite de l’avant. D’ores et déjà , nous avons défini des orientations stratégiques qui fonderont nos actions au cours des quatre prochaines années. Puis, nous nous employons, en ce moment, à élaborer notre plan d’actions. Nous sommes sur la bonne piste. Notre pays est sur la bonne piste, la piste de la démocratie consensuelle.
Moïse MENSAH